J’ai peur de la violence

La violence brute, qui détruit ou annihile.

 

 

Je n’aime pas les films violents. Les films de guerre, films d’horreur ou films policiers. Je n’aime pas quand la violence brute est au cœur de l’action. Celle qui est torture ou rage, qui écrase les corps et les brise. Je n’aime pas les images de sang, de chair et d’os. Je n’aime pas voir les gens qui souffrent ou qui craignent. J’ai peur de la violence.

Au quotidien, nous sommes entourés de violence sourde et muette. De regards sombres, gens qui se bousculent ou se répondent sans compassion. Violence dans les transports en commun, lorsqu’à chaque arrêt une personne sans abris et démunie sollicite de l’assistance. Violence des regards qui fuient ou ignorent. Violence lorsque l’on rejette ou exclue. Harcèlements, insultes, mépris, etc. Mais cette violence là est comme recouverte d’un filtre. Nous y sommes habitués et la supportons presque comme quelque chose de nécessaire. C’est une violence qui ne nous surprend pas ou peu. Elle nous exaspère, nous fatigue ou nous révolte. Elle nous plonge rarement en état de choc.

Ce qui fait peur, c’est justement ce qui sort de ce quotidien. Ce qu’aucun filtre ne peut mettre à distance.

La violence contre la chair et le sang, la violence du corps que l’on ouvre, des os et des tendons. Contre les enfants ou contre nos proches. La violence qui est proche ou que l’on voit. La violence que l’on ne tolère pas. En nous, tout au fond.

Dans la pièce où j’écris actuellement, je suis bien. Je caresse le clavier avec mes doigts, sa douce tiédeur de plastique. Il ne fait ni trop chaud ni trop froid. Je n’ai ni faim ni soif. Je suis fatiguée mais sans tomber de sommeil. La pluie tape légèrement contre la fenêtre, mais ici, elle ne peut plus m’atteindre. L’humidité dans mes cheveux a désormais disparu. Le ciel est tout blanc et sans danger. On entend le grondement des avions au loin. Je suis bien je crois.

Mais la menace de la violence reste là quelque part, en suspens, en sourdine. Sa possibilité ou potentialité.

Un jour, j’ai eu très peur pour mon corps et pour ma vie. J’ai vu ce que la violence brute pouvait représenter et ce qu’elle faisait aux énergies que l’on possède en soi. Ce que c’est que la panique et l’instinct de survie. Depuis, j’ai d’autant plus peur de la violence, de ce qu’elle peut faire de nous et de ce que nous sommes.

Alors, je vis. Je vis pleinement. Mais parfois, j’ai un peu peur. Peur d’être blessée. Peur d’avoir mal et de souffrir. De voir mon corps crevé, brisé, percé ou mutilé. Peur que la violence atteigne ceux que j’aime ou que je connais. J’ai peur de ne pas pouvoir combattre, d’être faible ou pas à la hauteur. J’ai peur des impasses ou des pièces fermées, d’être impuissante.

Peur. Peur. Peur. Pourquoi avoir peur de ce n’arrive pas ? Pourquoi avoir peur de ce qui n’arrivera peut-être pas ?  Qu’est-ce que je veux ? Un monde immobile et lisse ou rien n’arrive ? Ou rien ne sort de la bulle des événements attendus et compris ? Est-ce qu’avoir peur de la violence c’est vouloir vivre dans un monde édulcoré, recouvert de filtres, de lumières douces et de gestes contrôlés ? Un monde où l’existence même est dominée et où rien ne grouille ni ne dépasse ?

Est-ce qu’avoir peur de la violence m’empêche d’être tout à fait en vie ? La vie est violence, instinct, forces qui se rencontrent et se résistent. Elle fait partie de la vie, non ? Faut-il rejeter une partie de la vie ?

J’aime bien regarder les documentaires animaliers. Quand on y voit le monde qui se joue d’une autre manière que dans la rue. Ou au contraire, quand on y voit un monde similaire à celui-ci qui se joue dans la rue. Mais ce monde est dur et sans loi. Les êtres s’y confrontent et jouent avec leur survie. Quand l’animal est trop vieux pour dominer les autres, pour pouvoir se nourrir et protéger sa terre, il meurt et disparaît. Chaque être qui connaît l’éclat connait aussi son déclin. Et il tombe dans la violence, dévoré par les autres. C’est une violence qui me fait peur.

Mais la violence ne fait pas toujours peur, non ? Ce n’est pas toujours ce qui détruit ?

La violence peut aussi être joie, colère saine, surprise ou événement heureux. Energie qui se libère et nous fait avancer. Plaisir de jouer, de lutter, de combattre sans haine. Plaisir de ne pas connaître le dénouement des choses.  La nouveauté est aussi une violence, n’est-ce pas ?

 

Reste que…

parfois, quand je me sens bien et épanouie, quand je profite et m’offre du plaisir, j’ai l’impression de provoquer un destin invisible. De n’avoir pas droit à un statu quo infini. Que les belles choses doivent toujours être payées en malheur. Comme s’il n’y avait pas de plénitude, seulement l’extase puis la chute.

Des forces tapies dans l’ombre qui n’attendent qu’à me faire regretter mes insultes à la souffrance.

La violence.

 

 

______________________________________________

 

 

Fragment de la fin :

Un film d’animation très intéressant sur la peur. Peur(s) du noir de BlutchCharles BurnsMarie CaillouPierre di SciulloLorenzo Mattotti et Richard McGuire

 

5 réflexions au sujet de « J’ai peur de la violence »

  1. A croire que la violence est si omniprésente ces temps-ci qu’elle occupe tous les esprits. Néanmoins, si le malheur est inéluctable, ce n’est qu’une raison supplémentaire pour profiter du moment quand celui-ci s’y prête. Merci encore, quoi qu’il en soit.

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  2. J’aime beaucoup ton texte.. Je trouve ça complètement compréhensible d’être heurté par la violence omniprésente, il n’y a aucun souci à ça. J’ai du mal avec la normalisation des images violentes, séries, films, en permanence. J’arrive à mettre à distance dans certains cas, mais si c’est trop réaliste, j’y arrive moins, ça me perturbe vraiment, pendant longtemps parfois. On a besoin de s’en préserver et de cultiver des espaces de douceur 🙂 même si parfois, il y a des violences libératrices, défensives, inévitables, qu’on voudrait éviter sans toujours pouvoir

    Aimé par 1 personne

    1. C’est intéressant de voir comment le rapport à la violence (et à certaines violences particulières) est très différent d’une personne à l’autre en tout cas ! Parfois, certains films/contenus ne vont pas me choquer alors qu’ils sont eux-mêmes qualifiés comme « violents », car comme tu le dis, certaines énergies violentes peuvent être vraiment libératrices ! A l’inverse, un contenu un peu plus « banal » peut me marquer très longtemps et être davantage « paralysant »…
      Merci beaucoup pour ton commentaire 🙂

      Aimé par 1 personne

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