Être loin

Quelle légitimité y a-t-il à s’exprimer dans sa langue quand on vit dans un lieu où la langue est autre ? Comment peut-on être loin sans être parti.e ?

 

Cela fait plus de trois ans que je suis « loin ». Du moins, de l’autre côté de la frontière, dans un autre pays que celui où je suis née.

Actuellement, je ne me sens pas « partie » de ma région d’accueil. Bien sûr, je l’aime et sa découverte aura marqué une étape importante dans mon existence. Elle m’a autant permis de me retrouver que de retrouver les autres.

Mais tout en étant loin je ne suis pas partie.

J’écris toujours dans ma langue, je parle régulièrement dans ma langue, j’ai de nombreuses relations avec qui je parle ma langue. Je suis toujours avec assiduité les informations qui concernent mon lieu d’origine. Mes proches sont d’ailleurs pour la plupart reliés à ce lieu.

Je crois même que je reviendrai, tôt ou tard.

Il n’est pas si facile de partir.

Je comprends toute l’absurdité que nous avons en France à exiger des personnes d’origine étrangère qu’elles « s’intégrent ». Le processus d’acculturation est une violence qui implique de se couper à jamais d’une partie de soi-même. Cela créé un « trou » en soi. Quelque chose que l’on ne peut pas remplir. Du moins je crois.

Mais même en n’était pas partie que je suis loin.

En trois ans, de nombreux événements se sont produits en France. De nombreuses étapes politiques et sociales. D’abord ces attentats de Paris ou de Nice, l’instauration de l’Etat d’Urgence et la tension qui en a suivi, les manifestations contre la loi travail, les élections présidentielles ou les manifestations récentes des gilets jaunes.

Toujours, je suis ce qui se passe au travers d’un écran, des paroles de mes proches. Je me forge mon propre avis et observe ce qui est à portée de mon regard.

Qui suis-je pour prétendre avoir un avis sur ces événements ?

Je lis beaucoup. Toutes sortes de sites et d’informations. Je regarde. Des photos. Des vidéos. Reportages et documentaires. Mais quelle valeur pour ces actes ? Suis-je encore apte à comprendre les choses ? A en faire partie ? Ne suis-je pas enfermée dans une bulle autre ? là, loin ? en dehors ?

Nous sommes tous à notre manière enfermés dans une bulle. Un univers clos et limité. Social, géographique ou professionnel. Nous manquons souvent une grande partie de ce qui nous entoure pourtant. C’est sans doute inévitable. Certes.

Mais quel est mon univers si la langue dans laquelle j’écris n’est pas celle du pays où je vis ? Comment vouloir être partie de tout en restant loin ?

J’aimerais faire.

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