Les femmes de nos haines

Pourquoi les déteste-t-on autant ? Ces icônes féminines que l’on entend à la radio, regarde à la télévision ou dans les films. Que l’on lit ou voit dans les magazines. Arrogantes, imbues d’elles-mêmes, énervantes, fatigantes… Toujours les mêmes mots vagues pour les décrire et les rejeter. Alors, ne s’agit-il vraiment que de leur personnalité individuelle ou d’un problème plus large de société ?

 

 « Elle est insupportable »

C’est souvent la même chose. Je discute avec une amie ou une connaissance. Au détour de la conversation, nous mentionnons une femme connue. Souvent, cette femme est jeune et belle (car peu de femmes non jeunes et non belles sont connues, n’est-ce pas ?). Qu’importe la raison d’évoquer cette personne, qu’importe le sujet de conversation, mon intermédiaire exprime directement son aversion pour cette femme. Elle ne l’aime pas. Voir, elle ne la supporte pas.

Les raisons sont multiples, mais curieusement, elles se rejoignent. Et ce sont toujours les mêmes. Pour chacune de ces femmes. Elles sont arrogantes, égocentriques, fausses, chiantes. Parfois même « horripilantes » Je ne suis pas sûre de comprendre. Est-ce que ces femmes ont toutes exactement la même personnalité, pour qu’on puisse toujours décrire leur comportement et leur manière d’être avec les mêmes mots ? Ou, est-ce que c’est simplement qu’une femme qui s’affirme et qui agit sur le monde se fera toujours cataloguer de la même manière ? Non car il s’agit d’un trait de sa personnalité en soi, mais simplement, parce qu’elle est femme agissant sur le monde.

 

« Mélanie Laurent is curious of everything »

Fin 2014. Une vidéo fait le buzz. « Mélanie Laurent is curious of everything ». On y trouve une compilation d’extraits d’interviews de l’artiste sortis de leur contexte. La vidéo entend prouver son égocentrisme. On pourrait croire qu’il s’agit seulement d’une vidéo humoristique. Mais il ne s’agit pas de se moquer gentiment de Mélanie Laurent. Dans les commentaires, les réactions, c’est un déferlement de haine et de mépris qui s’abat sur elle. Pourquoi ? Quand on analyse vraiment la vidéo, c’est difficile à comprendre. On n’y voit finalement qu’une jeune femme qui exprime son enthousiasme et son bonheur. Elle dit aimer son métier et sa vie. Qu’a-t-elle donc fait pour mériter cette colère ?

 

Depuis quelques temps, Mélanie Laurent était surexposée. Déjà en 2006, elle avait été remarquée dans Dikkenek et pour son premier rôle dans Je vais bien ne t’en fait pas. En 2009, elle passe vraiment à l’international en jouant avec Tarantino dans Inglourious Basterds. Mais c’est surtout en 2011 qu’elle devient la coqueluche des médias. Elle est maîtresse de cérémonie au Festival de Cannes et devient la nouvelle égérie Dior. Elle touche à tout, se lance dans la réalisation et la chanson.

Alors, à partir de 2011, les articles s’enchaînent et se posent une même question : faut-il, ou non, « détester » Mélanie Laurent ? Ainsi, le 27 avril dans Madmoizelle, « Mélanie Laurent serait-elle victime d’une surexposition ? ». Puis le 23 novembre un article de L’Obs « Pourquoi je ne déteste pas Mélanie Laurent », suivit le 6 décembre de sa réponse « Pourquoi tout le monde déteste Mélanie Laurent ».

Prenons quelques extraits des commentaires de l’article de Madmoizelle. C’est un échantillons très représentatif des critiques « typiques » contre les jeunes femmes (surtout lorsqu’elles sont célèbres et médiatisées) :

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En 2014, les critiques reprennent suite à la parution du montage vidéo. Mais cette fois-ci, on finit par s’interroger sur le sens plus profond de l’affaire, comme dans l’article de Slate du 28 octobre, « Laissez Mélanie Laurent tranquille » qui critique le « sexisme qu’on fait subir aux actrices (on pense bien sûr aussi au célèbre « Leave Britney Alone », sans surprise, on retrouve exactement le même schéma pour les célébrités outre-Atlantique).  De même le 12 novembre dans le Huffington Post « Pourquoi il faut en finir avec le Mélanie Laurent bashing ».

Cette histoire banale est représentative d’une réalité sociale. On ne pardonne pas aux femmes de « trop » réussir. Ou du moins, une femme qui réussit, sera bashée à la moindre erreur ou maladresse. Car on ne peut pas non plus s’en prendre à une personne qui n’a objectivement rien fait. C’est pourquoi le vague adjectif « arrogant » convient parfaitement à la situation. Elle « dérange ». Quelque chose de physique, d’archaïque dans cette haine injustifiée.

Bien sûr, on peut être indifférent au travail de Mélanie Laurent. On peut ne pas aimer ce qu’elle fait ou ne pas s’y intéresser. Ne même pas y prêter attention. Mais pourquoi consacrer tant d’énergie à la dénigrer ? C’est une femme célèbre. Une femme catégorisée comme « très belle » selon les critères actuels. Une femme qui réussit et qui a aussi bien argent que pouvoir. C’est trop. Sa beauté est acceptée, mais en parallèle il faut aussi la catégoriser comme « sans talent », « pistonnée », « niaise », « fille qui minaude ». Pourtant, 2014 est aussi l’année où sort son film sur le harcèlement scolaire Respire et où elle lance un appel aux dons pour réaliser un projet de documentaire sur l’écologie, Demain avec Cyril Dion. Deux projets intéressants.

2018. Dans une interview pour le magazine Télérama, elle revient sur cette histoire de vidéo. Avoue en avoir souffert. Mais elle relativise. Pour Respire, elle a rencontré de nombreuses jeunes filles qui subissaient du harcèlement. Selon elle, beaucoup ont subi un calvaire bien pire que le sien. Elle finit presque par s’excuser « je peux comprendre l’allergie que j’ai provoquée ».

 

Mélanie Laurent n’est pas une exception…

Cette histoire n’est ni unique ni exceptionnelle. Mélanie Laurent, Marion Cotillard, Léa Seydoux ou encore Emmanuel Béart quelques années plus tôt : des actrices françaises qui ont « percé » dans le milieu du cinéma et sont parvenues à tourner avec de grands réalisateurs américains. Ensuite, le retour de bâton a à chaque fois été presque immédiat. Elles se sont fait « clasher » pour leur arrogance ou leur manque de talent.

On pourrait croire qu’il s’agit d’une critique du système, des classes dominantes, blanches et riches. Un moyen de s’en prendre au pouvoir et aux élites. Car ces icônes, ces femmes typiquement détestées sont le plus souvent issues de milieux aisées. Mais pourquoi s’en prendre à ces femmes  seulement ? et pas à un système où seules les femmes issues des familles les plus riches et puissantes dans le milieu de la culture ont une chance d’accéder au statut de « star » ? On pense notamment à Léa Seydoux, accusée de n’être actrice que grâce à son grand-père, Jérôme Seydoux, à la tête des cinémas Gaumont Pathé et 39ème plus grosse fortune de France.

Pourquoi utiliser des adjectifs aussi sexistes pour qualifier ces femmes qu’ « arrogantes » ou « rire d’hystérique » ? Pourquoi ne pas plutôt se concentrer sur des éléments qui, eux, peuvent être vraiment problématiques ? Léa Seydoux n’est pas imbue d’elle-même ou sans talent, mais on pourrait peut-être parler de son attitude néocolonialiste malaisante pendant une scène  d’un documentaire Envoyé Spécial sur France 2 du 2 juin 2016 où elle rend visite à sa mère au Sénégal.

 

Femmes 2.0 : EnjoyPhoenix, Marion Séclin et Rokhaya Diallo

Et qu’en est-il des nouvelles générations ? Nous pourrions les croire moins concernées par ces problématiques de trentenaires et d’un star-système en déclin, non ? Il n’en est rien. La «  nouvelle génération » se cogne exactement aux mêmes difficultés. Il suffit de regarder du côté des youtubeuses.

EnjoyPhoenix, ou Marie Lopez, est une youtubeuse beauté très connue sur le net. Elle se fait régulièrement critiquer pour la moindre de ses maladresses. En 2015, elle sort son premier livre, EnjoyMarie, un recueil d’anecdotes et de confidences, à la manière d’un journal intime. Le livre est un bestseller. On ne peut que se réjouir pour elle. Le 22 mai parait un article très acide chez les Inrockuptibles « Les 27 phrases qui vous feront penser qu’EnjoyPhoenix est le nouveau Flaubert ». L’objectif est naturellement de ridiculiser et d’humilier la jeune fille d’à peine 21 ans et de s’en prendre à son « style ». L’idée de fond de l’article ? Le monde des youtubeuses beauté est superficiel est futile. Ses actrices sont stupides, niant-niant et sans talent. Les auteurs ? Deux hommes qui ont largement passé la trentaine. On se demande pourquoi ils s’investissent autant dans un sujet qui ne les intéresse pas.

Mais, même lorsqu’elles tentent de parler d’autre chose que de make-up, les youtubeuses sont attendues au tournant. Vouloir ouvrir la bouche sur un sujet polémique ? C’est déclencher des flots de haine. Marion Séclin en a durement fait les frais. Dans une vidéo Brut elle déclare « J’ai reçu environ 40 000 menaces de mort, de viol, d’appel au suicide ou à tuer toute ma famille, et autres insultes ». La raison ? Elle sort en 2016 une vidéo sur le harcèlement de rue, un sujet que les jeunes Françaises ne connaissent que trop bien. Dans la vidéo, elle explique qu’il faut arrêter de trouver des excuses aux agresseurs.

 

Bilan ? En tout cas, à elle on ne lui trouve aucune excuse. Propos trop radicaux, « bourgeoise bobo« , « féministe rageuse« . Internet ne la laisse pas en paix pendant des mois. Ses agresseurs vont même jusqu’à glisser des mots dans sa boîte aux lettres. Mais elle ne se laisse pas faire. Le 3 novembre 2017, elle utilise son histoire lors d’une conférence TED « Championne de France du cyber-harcèlement » afin de mobiliser sur le harcèlement en ligne.

On pourrait ensuite tenter de renverser le problème autrement. Même avec EnjoyPhoenix et Marion Séclin, ne parlons-nous ici que de jeunes femmes blanches, ultra privilégiées et qui méprisent les classes populaires ? Des femmes « bobo » comme les appelle internet. On peut trouver des contre-exemples. Prenons la journaliste et chroniqueuse Rokhaya Diallo, également très active sur les réseaux sociaux. Elle publie régulièrement sur Twitter, Facebook  et YouTube. Femme, noire et d’origine populaire ; impossible de la décrire comme une privilégiée. Elle a sans doute du se donner du mal pour en arriver où elle est.

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Pourtant, cela n’empêche pas ses détracteurs de lui tomber dessus en permanence. Elle aussi « énerve » pour ses « propos polémiques ». En décembre 2017, elle est écartée du Conseil National du Numérique après son discours sur les discriminations contre les personnes d’ascendance africaine. En mai 2018, elle se fait reprendre de toutes parts sur Twitter pour avoir osé réclamer des pansements adaptés aux peaux noirs. On lui reproche son extrême « agressivité », sa « victimisation » qui serait presque « hystérique ». Là, on  n’est pas loin des réflexions misogynes du siècle dernier et de l’image de la « angry black woman », stéréotype raciste et sexiste courant aux Etats-Unis (ou chez nous). Rokhaya Diallo prend la parole, mais elle le fait en plus pour parler de féminisme ET de racisme. Elle est donc d’autant plus « insupportable » pour ses adversaires.

 

Et les hommes ?

Mais justement, les adversaires de Rokhaya Diallo (on pense par exemple à Raphael Enthoven) l’accusent sans cesse d’essentialisme ; de réduire ses opposants à leur sexe ou à leur couleur de peau. Qu’en est-il pour cet article ? Sommes-nous en train de nous attacher à décrire un système contre les femmes alors qu’il s’en prend à tous les individus indifféremment ?

Inutile de trop s’attarder sur ce point. Il est extrêmement rare que des hommes concentrent autant de haine sur leur personne. Et ce n’est jamais de manière aussi gratuite. On peut trouver deux exemples.  Dieudonné ou Zemmour. Eux aussi sont rarement cités sans critiques. Comparons ces deux hommes avec Mélanie Laurent par exemple. Ils ont souvent tenu des propos très polémiques. Dernier exemple en date pour Zemmour ? Ses critiques à Hapsatou Sy à cause de son prénom pas assez… français, car, comme il explique : «  Normalement, chez moi, en tout cas depuis une loi de Bonaparte qui a malheureusement été abolie en 1993 par les socialistes, on doit donner des prénoms dans ce que l’on appelle le calendrier, c’est-à-dire les saints chrétiens ». Inutile de débattre contre lui. Par ses propos, Zemmour cherche consciemment à provoquer, à choquer. Ses paroles sont politiques et très orientées. Bien sûr, Marion Séclin ou Rokhaya Diallo sont également engagées. On a de même le droit de s’opposer à leur propos (sans les harceler). Mais que dire contre le « I’m curious of everything » ou le « Comme je suis très heureuse en ce moment, dans ma vie tout m’inspire » de Mélanie Laurent ? Comment nier une différence de traitement ?

En février 2018 est sorti le film Le retour du héros, dans lequel Mélanie Laurent partage l’affiche avec Jean Dujardin. Leurs parcours sont similaires. Acteurs français avec un carrière riche et une expérience internationale. A la différence que l’acteur de Un gars, une fille aime jouer le personnage du français arrogant et snob. Pourtant, on le trouve toujours drôle et il n’a jamais été lynché sur internet.

 

L’impossible héroïne de conte de fées

Nous voulons donc des femmes icônes irréprochables, des fées héroïnes. L’image de la femme idéale telle que nous la rabâche. La femme comme dans les contes de fées. Les héroïnes y sont toujours décrites comme très modestes, douces, tendres. La modestie est souvent leur plus grande qualité d’ailleurs, du moins, après leur beauté. Elles sont belles mais sans en avoir conscience, sans en profiter. Elles correspondent à un idéal féminin qui se donne et se consacre à sa famille, à ses enfants, aux autre. Qui donne, sacrifie. La femme « belle » doit sans cesse rembourser le prix de sa beauté. Trop indépendante ? Elle sera automatiquement suspecte.  Les femmes « icônes » dont nous avons parlé dans cet article ont une individualité, des ambitions. Alors, elles agacent très vite.

Toutefois, soyons honnête. Même une femme qui, dans les faits, affiches toutes ses valeurs considérées comme « bonnes » peut très vite attirer la haine. Prenons l’exemple de Zaz ou Isabelle Geffroy. En 2010 son tube « Je veux » est sur toutes les radios. Impossible d’y échapper. Rapidement la chanteuse qui provoque les réactions allergiques. De nombreuses personnes la catégorisent comme « insupportable ». Pourtant, elle ne correspond pas à l’image de la pin-up sexy et glamour a qui on reproche sans fin son « égocentrisme ». Si on prend les paroles de sa chanson, c’est même l’inverse qui s’exprime : Zaz y affirme ne souhaiter ni bijoux Channel, ni beaux hôtels ou limousines. Elle se représente elle-même comme « simple », « pas prise de tête » et modeste ». Une fille qui a fait des pieds et des mains pour vivre de son art et qui a fini par trouver le succès grâce à une belle chanson. Un beau conte de fée. Surtout qu’on ne peut pas nier sa générosité. Dès ses premiers succès, elle décide de reverser tous les gains générés par la vente de produits dérivés à l’association de permaculture Colibris et, depuis 2015, grâce à son projet Zazimut, elle donne à l’occasion de chaque concert la parole à une association locale.

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Cela n’empêche en rien les critiques de pleuvoir. On cherche anguille sous roche. Des cachets trop importants reçus pour des concerts. Pendant une émission d’On est pas couché du 7 septembre 2013, les invités se montre particulièrement insistants :  « qu’est-ce que tu fais avec ton argent ? Tu es pas mal à l’aise de gagner autant d’argent ? Elle est suspecte. Une journaliste, Natacha Polony parle de l’album de la chanteuse qu’elle décrit comme « nunuche », plein de « bons sentiments individualistes », elle se dit « agacée » par de « message Disney horripilant ». Bref, Zaz l’apprend à ses dépends, la femme publique est toujours « trop » quelque chose.

 

C’est la parole de ces femmes qui pose problème

Il y a un moment clef dans l’histoire de toutes ces femmes. Au moment où elles approchent la gloire, on les supporte sans broncher. Elles ne sont déjà plus invisibles mais pas encore trop visibles. Elles sont là, mais on ne met pas encore clairement de nom sur leur visage. On ne les entend pas trop parler. Mais à l’instant même de leur réussite « totale », un coup leur revient brutalement au visage. Non. Car on a commencé à les « entendre »; elles sont un nom, une personne, plus une simple image que l’on regarde sans voir.

On peut facilement faire un parallèle entre l’histoire de la vidéo « Mélanie Laurent is curious of everything », l’article qui se moque du livre d’EnjoyPhoenix et la vidéo youtube de « RaptorDissident » qui déclenche définitivement la haine contre Marion Séclin. A chaque fois il s’agit de reprendre la parole de ses femmes, de la compiler et de la manipuler de manière à les humilier. L’objectif étant de les faire taire. Il y a quelque chose dans la parole de ces femmes qui pose profondément problème, sans que l’on puisse clairement l’exprimer.

Mais c’est quoi qui pose véritablement problème ? Souvent, il ne s’agit que d’un mot de trop, une parole qui dérape. Dans le cas de Mélanie Laurent, il s’agit de se moquer de son rire trop fort, de sa voix qui part dans les aigus, de son ton agaçant. Son expression orale en tant qu’expression de son individualité semble scandaleuse. On la préférerait seulement image, seulement apparence. Icône mais pas plus : on n’apprécie la beauté que quand elle se tait, ou s’excuse. Quand elle n’a pas conscience d’elle-même et de sa force.

 

Une société malade de la Beauté

Beaucoup de ces femmes « haïes » sont le symbole même de la « Beauté ». Cette fétichisation est dangereuse, car elle fait rentrer la femme concernée dans un rôle absolu, d’icone religieuse. En n’étant qu’humaine, elle ne peut que le trahir. Elles sont vénérées pour leurs beauté mais haïes pour leur humanité. Cette obsession de notre société pour les physiques a priori « sans défauts » (selon la conception qu’on en a du moins) crée une situation paradoxale : on élève la femme belle tout en voulant la détruire.

Le capitalisme de l’apparence crée cette concurrence entre les femmes, cette haine inexplicable. Pour être la plus belle, objectif ultime de la Femme, il faut mettre à mort les autres. C’est toute l’histoire de Blanche Neige. Le fait qu’une femme soit particulièrement appréciée et surexposée dans les médias est pris comme une insulte par toutes les autres. Quant aux hommes, ils rentrent dans le même schéma, ils haïssent aussi cette beauté qui leur demeure inaccessible, elle représente la réussite des autres hommes et leur « échec »(quand le meilleur homme doit être celui qui a la plus belle femme).

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Cette pulsion instinctive de rejet est très difficile à contrôler, même quand on en a conscience. Je peux citer un exemple personnel. J’ai remarqué que mon partenaire vantait régulièrement la beauté d’une de nos amies. Une personne que j’apprécie et à qui j’ai d’ailleurs moi-même souvent fait des compliments. Mais les entendre dans sa bouche crée automatiquement un sentiment d’insécurité en moi. Me compare-t-il à cette personne ? Il ne me trouve pas suffisamment féminine ? Je sais que mes pensées sont irraisonnées. Je sais qu’il est bienveillant et fait facilement des compliments. Je sens une pointe d’agacement naître…dont je dois consciemment avorter. Cela serait ridicule…et injuste.

Et puis je me souviens… Je suis au lycée. Avec mon petit ami de l’époque nous regardons La Rafle. Nous sommes en 2010. Il me montre Mélanie Laurent que je ne connaissais pas encore. « Oh Mélanie Laurent… elle est vraiment belle cette fille ». Je ne sais pas pourquoi mais je crois que je ne l’aime pas trop alors…

Il n’est pas si facile de ne pas tomber dans le piège…

 

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Ce rapport maladif de la société avec l’apparence physique des femmes est brillamment mis en scène dans le film The Neon Demon de Nicolas Winding Refn, sorti au cinéma en 2016. Un film aussi violent qu’hypnotique. On y découvre Jesse, jeune femme innocente qui emménage à Los Angeles, lieux symbolique de tous les maux de notre société occidentale, pour y devenir mannequin. Très vite, elle se fait remarquer. Et, elle qui était au début plutôt appréciée des autres femmes à cause de son innocence déclenche petit à petit leur colère, au fur et à mesure qu’elle prend conscience de sa propre beauté. Elle devient le démon. Et, Au moment même où elle prend la parole et se reconnait ouvertement comme belle, s’en est trop. Ses comparses la mettent à mort. Ensuite, elles dévorent son cadavre et se baignent dans son sang afin de s’emparer de sa beauté, pour lui voler son « essence ».

Le scénario semble presque inspiré du très bon roman Le Parfum de Patrick Süskind. C’est l’histoire de Jean-Baptiste Grenouille, un jeune homme obsédé par le parfum des belles femmes, leur essence. S’en emparer est l’objectif de sa vie. Pour capturer leur odeur, il les tue. Elles doivent être « mortes » pour que leur beauté vive. Elles-mêmes ne peuvent en profiter. Avec leur odeur volée, Jean-Baptiste créer le parfum ultime, celui qui le fait devenir un dieu parmi les hommes. Mais ensuite, il n’a plus d’objectif. Il s’asperge du parfum et, trop aimé par les hommes, « un ange », il se fait dévorer vivant.

 

Histoires de stars ; histoires des femmes

Cette situation à laquelle font face nos icônes féminines est aussi notre histoire. Cette haine, cette colère inexpliquée est une réalité que chaque femme française peut rencontrer  sur son chemin. Prendre la parole est toujours dangereux….

Heureusement, les choses commencent à changer. Les hommes autant que les femmes commencent à se remettre en question, tout en commençant à reconsidérer les normes rigides de beauté, de réussite sociale. Alors, quand va on cesser de haïr les femmes qui s’expriment un peu trop ? un peu trop fort ? Cela commence déjà dans nos efforts quotidiens ! Évitons de nous en prendre à une femme sans raison objective. Lorsque l’on prononce les mots « elle est énervante, je sais pas  » ou « elle est arrogante et imbue d’elle-même », étudions sérieusement la situation. Peut-être que ce rejet n’est pas justifié ?

5 commentaires

  1. J’avoue que je n’étais pas au courant de toutes ces polémiques, je passe complètement à côté, mais c’est sûr, on ne pardonne jamais aux femmes leur manque de réussite et leur succès

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    1. Oui, c’est drôle…en écrivant l’article j’avais quelques doutes quant à ma motivation, car ce n’est pas complètement mon univers non plus. Mais en même temps je trouvais ça follement intéressant de lire tous ces articles et de donner du sens à ces événements. Je me suis dis que si tout cela me ramenait à mon expérience personnelle ou à mon propre regard sur les autres, cela pouvait peut être aussi être le cas pour d’autres 🙂

      Aimé par 1 personne

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