Être choisie par les hommes

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais pu « choisir » un homme. Toujours j’ai été la « proie », qui sourit, s’amuse et finit par s’abandonner. Mais cette énergie est pourtant là, en moi, frustrée et retenue.

 

LES DEBUTS

Déjà, avant même mes premières expériences, cette découverte : jamais je n’ « obtiens » un homme quand je le désire.

Pourtant mon désir est là. Je vois des garçons qui me plaisent, dont j’aimerais me rapprocher, que j’aimerais pouvoir séduire.

Mais mon pouvoir de séduire demeure au niveau zéro. Chaque geste de moi qui s’élance semble refroidi. Pourtant je plais bien. Assez bien. Mais seulement quand je ne fais rien.

Ce garçon avec qui j’entretiens une relation compliquée. Première petite amourette. Il vient me cueillir alors que j’ai treize ans. Petit branleur des années collège. Il me quitte après quelques mois. Ensuite, des intermittences, souvent ça lui prend, il revient vers moi, insiste quand ça ne prend pas. Et puis repart. Quand les tentatives de contact naissent de mon initiative. Rien. Aucune réaction. Je ne comprends pas. Comme si cela le dérangeais. Je suis dans l’attende de ses prises de décisions. J’attends, passive. Nous finissons par nous rabibocher un jour. Parce qu’enfin j’avais décidé de ne plus tomber dans le panneau. Ça a semblé le motiver. Nouvelle histoire de courte durée.

Ensuite, premières et dernières passion violente pour un autre garçon. Après une première fois ratée issue du précédent paragraphe, je pensais que mon corps n’avait rien en lui. Ni désir, ni sexualité. Petite chose morne et morte. Pourtant ce garçon, je désire ardemment faire l’amour avec lui. Et c’était bien partie finalement, c’est lui qui avait pris mon numéro le premier, un jour. Mais ça c’était avant que se réveille mon intérêt. Sitôt réveillé, il est gentiment repoussé.

 

CHOISIR DE NE PLUS CHOISIR

Et toujours le même refrain. Mon désir ne plait pas, lui. J’apprends à m’en méfier. Les garçons n’aiment pas ma passion, mes béguins. Ils aiment ma timidité et mon air impassible. Mes rejets. Mon regard désapprend à choisir. Petit à petit.

Trente ans plus tôt, lucidité d’Annie Ernaux dans La femme gelée, quand elle décrit ses premiers contacts avec la gente masculine:

Ecouter les hommes, leur être attentive, ça commence. Les laisser parler ou rire. A moins de dire des bêtises, des fausses naïvetés qui les font s’esclaffer, suffisants et moqueurs, « elle est mignonne ! », jouer les évaporées et les ingénues (…) Il est déjà là mon drame, la pétouille affreuse dont je ne vais pas savoir me tirer. J’ai besoin des garçons, mais pour leur plaire il faudrait être vraiment douce et gentille, admettre qu’ils ont raison, se servir des « armes féminines ». Tuer ce qui résiste encore, le goût de la conquête, le désir d’être moi bien moi. Ça ou la solitude. (…) Ce que je ne sais pas, c’est cacher à un garçon qu’il me plait. Les hommes aiment choisir, ma vieille. Qu’importe, moi aussi j’aime choisir, je ne comprends toujours pas la différence. La bourde, l’inversion des rôles, tout de suite taxée de fille facile, dans la poche. Il n’existe pas de garçon facile. Ce jour-là c’est moi qui drague joyeusement, inconsciemment, je passe devant l’école de commerce d’où il doit sortir. Personne. Pas l’habitude de rester les deux pieds dans le même sabot, où est-il, rue du Nord, le rond-point, alonzi alonzo. D’un seul coup, un groupe, une voix : « Encore elle ! «  Sale con. Je file avec mon cartable, étranglée de colère.

J’ai l’impression que cette chaleur en moi, désir, passion, ne peut que faire peur. Du moins, ça finit toujours par se passer comme cela. Alors, je me retiens. Je fais l’amour pour le désir des garçons, pas le mien. Relation d’un temps. Après quelques mois, la douleur s’immisce dans mes rapports. Au début, à la fin. Il faut que j’utilise du lubrifiant. Mon corps ne sait pas se préparer de lui-même. Il ne se sent pas concerné. J’ai mal, mais souvent je finis par céder aux avances. Culpabilité

Jamais d’orgasme.

Ce n’est pas comme ça pour toutes les filles. J’en ai conscience. Certaines qui avancent droites, leur désir dans la main. Parfois ça marche tout de même. Mais pas vraiment avec moi. Rien en moi qui révèle la force. Je suis plus petite que mes copines, plus fine. Un peu timide. Une petite voix. Non, moi je ne peux pas. J’attends.

Nouvelle histoire à l’aube de mes 17 ans. CE garçon. Différent. Je le veux. Bien sûr je n’ose même pas avouer mes sentiments à qui que ce soit, pas même aux amies ou à lui. Je laisse tout cela au plus profond de moi. Quelques approches. Incroyable. Le plaisir au moment de la pénétration. Du jamais vu. Je veux plus, plus. Quelques rencontres. Mais il change. Nos premiers pas étaient tous nés de son initiative. Un jour, il m’avait pris le visage et embrassé. Sans me laisser le choix. Garçon arrogant et sans peur. Mais quand même. Différent. Il me plait. Sauf qu’à chaque rencontre, il perd lentement son assurance. Il semble hésitant. Je ne comprends pas.

Un jour je l’ai invité chez moi. Initiative personnelle. Il vient. Malheureusement, cela ne se déroule pas trop bien. Il n’est pas satisfait de ses performances, va savoir pourquoi. Il se renfrogne. S’étonne « Je n’ai pas pu me contrôler, c’est la première fois que ça arrive ». Inconsolable. Le lendemain, nouvelle tentative. Il  perd son plaisir. La pression en lui. Venue d’un monde que je ne connais pas. C’est fini. Il y aura plus de rencontre. Mon corps crie, mais je ne dis rien. Je ne dis plus rien.

Mon désir fait peur. Il rend impuissant. Il est sale et lâche. Il ne pourra jamais s’affirmer, s’élancer en avant. Constat.

La chaleur en moi négative.

Des années qui passent.

 

GAGNER EN MATURITE ?

Quelques jours après mon premier orgasme à deux, tard, très tard, je me suis coupée les cheveux. Je ne sais pas pourquoi. Ça s’est fait comme ça. Un rituel ? Je ne l’ai raconté à personne ce premier moment, évènement. Honte. Il m’aura fallut 10 ans.

Incompréhensible.

 

Ce matin je viens de me réveillée toute troublée. Ce rêve avec un homme qui me plait. C’est devenu rare, un garçon qui me plait. Tristesse en moi. Ça ne marchera jamais. Peur de lui faire peur.

Toujours peur de choisir un homme. Je n’oublie pas. Cette phrase en boucle

Les hommes aiment choisir, ma vieille.

Bref. Encore un peu de chemin à parcourir.

 

 

7 commentaires

  1. Il y a malheureusement encore beaucoup à faire pour déconstruire les mentalités; ouvrir et décloisonner le masculin et le féminin afin de pouvoir penser et vivre des identités et des relations plus diverses et nuancées.

    A l’heure actuelle, il existe néanmoins des hommes plus ou moins émancipés des schémas binaires qui vous frustrent tant et vous font souffrir. Ne vous résignez pas, cherchez encore, cherchez ailleurs et vous trouverez des personnes qui, au lieu de vous encourager à la passivité, accueilleront avec joie et excitation la part active de votre être, brûleront de vos initiatives, frissonneront avec délice de leur propre perte de contrôle.

    Et de manière générale : aujourd’hui plus que jamais, il vous est possible de faire des pieds de nez à la norme : d’aimer et de revendiquer vos particularités, de partager cet amour et ces revendications avec d’autres, de travailler ensemble à construire un monde plus ouvert et plus libre. Vous n’êtes pas seule à vouloir faire bouger les lignes, à les faire bouger au quotidien rien qu’en étant qui vous êtes et, comme toutes celles et tous ceux qui luttent pour cela, vous êtes pleinement légitime.

    Bravo pour ce texte, votre sincérité teintée de déception et de doute m’a touché et m’a donné envie de vous écrire ce petit pavé, en espérant qu’il vous apportera un peu de bienveillance et d’espoir.

    Avec tout mon soutien !

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